Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig

Une vieille édition (enfin, tout dépend: 1995), et pas la plus belle couverture que j’ai pu trouver. Les récentes éditions sont magnifiques!

Résumé éditorial : Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là que la journée…

Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez la fugitive.

Avis personnel : J’ai été soufflée par ce court roman (ou nouvelle, comme on veut). Littéralement. J’avais des aprioris sur Zweig : j’avais déjà lu (il y a longtemps) Le joueur d’échec, qui est son roman le plus connu, et pas accroché. Mais bon… Vingt-quatre heures de la vie d’une femme traînait dans ma PAL depuis un bon moment et j’ai entendu récemment des avis très positifs dessus, donc je m’y suis plongée.

Et j’ai bien fait ! C’est pourquoi je compte me lancer dans un petit challenge personnel : lire (et relire) les trois livres de cet auteur que contient ma bibliothèque et les chroniquer, pour ensuite faire un petit bilan pour moi-même.

On suit dans ce bref roman de 127 pages en format poche (oui, très petit) un narrateur dont on ne connaît pas l’identité. Je n’ai pas encore lu Amok mais, si ça se confirme quand je le lirai, il semble que Zweig ait une manière particulière de ficeler ses intrigues : ses narrateurs n’ont pas de nom ni de prénom, ce sont toujours des hommes auquel il arrive quelque chose qui va les conduire à se faire raconter une histoire et où le lecteur va suivre le récit raconté en même temps que le narrateur.

Je m’explique. Dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, on se trouve dans une pension sans histoires sur la Côte d’Azur, où s’est installé notre narrateur (sans nom ni prénom) pour quelques temps. Il côtoie d’autres pensionnaires chaque jour, jusqu’à ce qu’éclate le scandale : Mme Henriette, une femme mariée avec deux fille, part du jour au lendemain avec un jeune homme fraîchement arrivé à la pension, et reparti aussitôt.

On est en 1904. Les esprits ne sont pas aussi ouverts qu’aujourd’hui, et puis même, si on imagine : une mère quitte son domicile d’un coup pour partir avec un autre homme, comme ça, en quelques heures et en ne laissant qu’une lettre d’adieu. Evidemment, même aujourd’hui, ces événements arrivent. En plus avec les moyens de communication, tout est réglé plus rapidement. Mais personnellement, quand même, quand j’y réfléchis bien, ça me choque. Rien que pour les deux petites filles abandonnées (ça, c’est à cause d’avoir lu Fangirl –, ou comment faire le parallèle entre un roman américain contemporain et un roman autrichien écrit en 1920…).

Bref. Ces événements déclenchent une dispute entre les différents pensionnaires, le narrateur défendant Mme Henriette alors que tous les autres l’accablent. Il n’y a que Mme C… (oui, elle s’appelle vraiment Mme C… Zweig a l’air de beaucoup aimer donner des prénoms vagues à ses personnages, pour qu’ils deviennent monsieur et madame tout le monde…) qui ne prend pas vraiment parti, jusqu’à demander au narrateur de la rejoindre dans sa chambre pour qu’elle lui raconte une histoire, son histoire, vingt-quatre heures décisives qui hantent son passé et même son présent, et dont elle n’a jamais fait part à personne.

Mme C… est une vieille dame intelligente, aimable, veuve depuis très longtemps et c’est après la perte de son mari que commence son récit.

Elle raconte la passion foudroyante (et oui, pour le coup, il n’y a pas d’autre mot !) qu’elle a eu pour un jeune homme (elle avait 43 ans, lui 24) désespéré et addict aux jeux d’argent qu’elle a rencontré par hasard un jour, à Monte-Carlo.

Au début, je pensais que le roman parlerait de la fuite de Mme Henriette, de ce qui l’a menée là où elle est désormais, mais pas du tout ! On suit Mme C…, Mme Henriette n’est là que pour « fournir » un alibi à Zweig pour développer l’histoire de Mme C…

A part cette confusion (pour moi, le résumé n’était pas très clair), j’ai adoré. Ce petit livre se lit en quelques heures à peine et est un petit bijou qu’on ne verrait pas comme ça, mais qui est magnifique. Mme C… est un personnage que j’ai adoré sous toutes les coutures, parce que déjà vieille elle est géniale et m’attirait déjà, mais plus jeune… Se plonger dans son passé en une centaine de pages pour vingt-quatre heures de pur chamboulement, c’était une idée brillantissime ! Et ne parlons pas du style d’écriture de Zweig, ni de cette émotion-qui-sert-la-poitrine-et-qu’on-ne-sait-pas-d’où-elle-vient.

Un pur coup de cœur.

Note : 4,75/5. Eh ouais. X)

En plus: le livre a été adapté plusieurs fois au cinéma. J’ai envie de dire: « quoi de plus normal? », mais je me retiens. Si, si, je me retiens. Mais en même temps: quoi de plus normal? 😀

« Vieillir n’est, au fond, pas autre chose que n’avoir plus peur de son passé. »

Truc.

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6 réflexions sur “Vingt-quatre heures de la vie d’une femme – Stefan Zweig

  1. horizondesmots dit :

    Vingt-quatre heures de la vie d’une femme reste un de mes romans préférés tous styles/époques/auteurs confondus. C’est une perle que tout le monde devrait lire, un véritable ôde à l’ouverture d’esprit et à l’amour !

    J'aime

    • Truc et Nola dit :

      Salut!
      Tout à fait d’accord avec toi! Je ne m’attendais pas du tout à ça en ouvrant le livre et j’ai été… transportée? Il ne me reste plus qu’à le conseiller à tout le monde, juste parce que j’adore le style d’écriture de Zweig et cette histoire… elle est merveilleuse!
      Merci de ton passage, 😉
      T.

      Aimé par 1 personne

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